Paradis fiscaux : où sont les engagements pour récupérer l’argent des services publics?
Échec aux paradis fiscaux invite les partis à expliquer comment récupérer les revenus qui échappent au fisc avant d’envisager des coupes.
Montréal, le 25 septembre 2026 — Plusieurs grands partis québécois ne précisent pas comment ils comptent récupérer les revenus qui échappent au fisc pour protéger et améliorer les services publics, révèle un nouveau rapport d’Échec aux paradis fiscaux. Des propositions contre l’évitement fiscal et les paradis fiscaux existent, mais leur mise en œuvre et leur contribution au financement des services demeurent souvent peu détaillées dans les réponses et les documents examinés par le Collectif.
Publié aujourd’hui, le rapport Justice fiscale et partis politiques québécois : Analyse des positions pendant la campagne électorale de 2026 rassemble les réponses à un questionnaire et les résultats d’un examen des programmes et documents officiels. Cette démarche a permis de documenter les positions de 11 des 20 partis toujours autorisés. Les 21 formations autorisées au lancement avaient été invitées à répondre (le Parti populaire du Québec a depuis perdu son autorisation).
« En campagne électorale, on demande aux partis comment ils vont financer leurs promesses. Il faut aussi leur demander comment ils comptent récupérer l’argent qui échappe au fisc. Avant d’envisager des coupes dans les services publics, assurons-nous de donner à l’État les moyens de faire payer leur juste part aux grandes entreprises et aux grandes fortunes. La population mérite des engagements précis sur les moyens d’y parvenir », affirme Émile Brassard, coordonnateur d’Échec aux paradis fiscaux.
Des propositions dont la portée varie
Chez les principaux partis, l’analyse fait ressortir des approches différentes quant au contrôle fiscal, à l’utilisation des fonds publics et au financement des services.
Québec solidaire propose de renforcer les ressources de l’unité de Revenu Québec chargée de lutter contre l’évitement fiscal et de vérifier les renseignements du registre des propriétaires réels des entreprises. Le parti veut également conditionner les contrats et les aides publiques à une bonne conduite fiscale, selon des modalités qui restent à définir. Il propose de financer les services publics en augmentant notamment la contribution des grandes fortunes et des revenus les plus élevés.
Le Parti québécois propose d’exclure des contrats publics et des subventions les entreprises enregistrées dans les paradis fiscaux, sans détailler les modalités de vérification. Il souhaite aussi interdire l’achat de publicité publique sur les plateformes numériques pratiquant l’évitement fiscal. Ses documents ne chiffrent toutefois pas les revenus attendus de la lutte contre l’évasion fiscale et l’optimisation abusive, ni leur affectation aux services publics.
Dans une lettre transmise en réponse au questionnaire, la Coalition avenir Québec rappelle principalement des mesures antérieures, dont la loi sur la transparence des entreprises et le renforcement de règles anti-évitement. Elle ne présente pas de nouveaux engagements détaillés pour le prochain mandat, tout en se disant disposée à poursuivre le dialogue avec le collectif.
Les documents examinés du Parti libéral ne permettent pas d’établir de mesures précises contre l’évasion fiscale ou les paradis fiscaux. Le parti propose notamment de financer des allègements fiscaux pour les PME par une révision des subventions aux grandes entreprises étrangères, sans présenter cette révision comme une source de revenus supplémentaires pour les services publics.
Le Parti conservateur présente les baisses d’impôt comme un moyen de réduire les incitations à l’évasion fiscale et au déplacement des bénéfices. Son cadre financier inclut toutefois Revenu Québec dans des scénarios de réduction des effectifs administratifs, sans préciser les conséquences pour cet organisme. Le parti compte utiliser les économies réalisées dans les dépenses et les aides aux entreprises pour financer des baisses d’impôt et rétablir l’équilibre budgétaire, tout en affirmant vouloir préserver les services.
Des convergences à transformer en engagements concrets
Plusieurs propositions rejoignent certains leviers défendus par Échec aux paradis fiscaux, notamment les ressources de Revenu Québec, la transparence des entreprises et les conditions fiscales liées à l’octroi de fonds publics. Ces rapprochements ne constituent toutefois pas une reprise intégrale des revendications du collectif.
Échec aux paradis fiscaux demande aux partis de préciser les moyens, les échéanciers et les mécanismes de vérification de leurs engagements. Le collectif souhaite que les revenus récupérés servent notamment à la santé, à l’éducation, au logement social et à la transition écologique. Le rapport ne classe pas les partis et ne recommande aucun choix électoral.
Des propositions également chez les autres formations
Osons Québec propose une équipe spécialisée à Revenu Québec, la publication de renseignements fiscaux des grands groupes par pays et le refus de certaines aides aux structures déplaçant artificiellement leurs bénéfices. Le Parti communiste souhaite accroître les effectifs de Revenu Québec et augmenter la contribution des entreprises et des grandes fortunes aux services publics.
Le Parti vert propose de renforcer les enquêtes fiscales et relie explicitement la lutte contre l’évasion fiscale, les paradis fiscaux et plusieurs mesures d’imposition au financement des services publics. Le rapport examine aussi les orientations de l’Équipe autonomiste et du Parti canadien, ainsi que des propositions antérieures de Climat Québec dont la reprise en 2026 n’a pas été confirmée.
À propos du collectif Échec aux paradis fiscaux
Le collectif Échec aux paradis fiscaux, né en 2010, regroupe des organisations de la société civile québécoise issues des milieux syndical, communautaire, étudiant et économique. Il représente près de 1,7 million de membres. Sa mission est de mettre fin à l’impunité fiscale des multinationales et d’assurer une fiscalité plus équitable et efficace. Le collectif contribue au débat public sur le recours aux paradis fiscaux et propose des solutions concrètes pour y mettre un terme.
Rapport complet : https://echecparadisfiscaux.ca/wp-content/uploads/2026/09/justice-fiscale-et-partis-politiques-quebecois-2026.pdf.